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L’agriculture biologique offre des options utiles à la gestion des nutriments

Centre d'agriculture biologique du Canada

Aujourd’hui, il est reconnu que le lessivage provenant des systèmes culturaux intensifs constitue l’une des principales causes de la pollution des réserves limitées et précieuses d’eaux souterraines du Canada. Les conséquences de cette contamination généralisée et, dans une large mesure, non contrôlée, sont nombreuses : les puits domestiques contaminés de nitrates ont été liés à des problèmes de santé chez les femmes enceintes et les nourrissons; les endroits où l’eau contaminée est évacuée dans les plans d’eau de surface comme les cours d’eau et les marécages affichent plus de troubles de reproduction chez les poissons et aux autres espèces aquatiques; les océans courent également des risques lorsque les rivières exposées à la pollution agricole deviennent un combustible favorisant la prolifération des algues et les « zones mortes » qui en résultent. Dans un pays comme le nôtre, où les pressions exercées par la population menacent déjà la viabilité des sources d'eau souterraine et où les écosystèmes marins sont vulnérables, la promotion de pratiques agricoles qui réduisent la perte de nutriments devient une priorité des plus importantes, tant pour les exploitants agricoles que pour le gouvernement fédéral.

En réponse, le Dr Derek Lynch du Collège d'agriculture de la Nouvelle-Écosse a publié un document, Incidence de l’agriculture biologique sur l’environnement : une perspective canadienne, dont une partie traite du rôle positif des pratiques agricoles biologiques canadiennes et nord-américaines qui réduisent les pertes de nutriments en aval de l'exploitation agricole. Les études citées comparent le lessivage des nutriments dans les exploitations agricoles biologiques et conventionnelles. Selon Lynch, elles sont loin d'être exhaustives, mais elles constituent une première étape déterminante de la création d’un ensemble de recherches nord-américaines concluantes, presqu’inexistantes jusqu’à présent, qui pourraient influencer les Canadiens dans les domaines agricole et environnemental. 

Dans son document, Lynch insiste que l’utilisation d’engrais verts dans les rotations des cultures biologiques semble avoir un effet d’atténuation sur les niveaux de nutriments dans les sols agricoles. Il constate que les légumineuses, particulièrement, peuvent servir de « tampon », en réduisant l’excédent d’azote dans les sols et en réduisant ce besoin d’ajouter des fertilisants organiques qui, par le fait même, contribuera à réduire l’accumulation du phosphore et du potassium dans les sols.

Les parties intéressées dans l’est du Canada, où de plus en plus de terres agricoles font l’objet d’une classification voulant qu’elles soient des sources d’infiltration d’azote dans les eaux, devraient prendre connaissance des conclusions de Lynch. Il cite deux études, menées sur l’Île-du-Prince-Édouard et au Nouveau-Brunswick, qui discutent des nitrates résiduels du sol (NRS) dans les exploitations commerciales de pommes de terre biologiques et conventionnelles après la récolte. Les deux études ont conclu que les NRS étaient nettement inférieurs dans les systèmes biologiques où l’enfouissement des légumineuses est utilisé comme source d’azote. Dans le même ordre d'idées, une étude réalisée dans l’État du Washington, qui compare la lixiviation annuelle du nitrate dans les systèmes de pomiculture conventionnels et biologiques, a conclu que la lixiviation du nitrate dans les vergers conventionnels était de 4,5 à 5,6 fois plus importante que dans les vergers biologiques.

Le type de système de gestion du bétail a également une incidence sur la perte de nutriments dans l’air, le sol et l’eau. Les exploitations d'élevage biologique, qui suivent strictement les lignes directrices de la nouvelle norme biologique du Canada, affichent un risque beaucoup moins important de perte de nutriments en aval de l'exploitation agricole que les exploitations conventionnelles plus intensives en milieu confiné. Lynch cite une étude, vieille de quinze ans, qui compare la charge et la perte de nutriments agricoles dans les exploitations laitières biologiques et conventionnelles de l’Ontario. L’étude a conclu que la perte de nutriments en aval de l'exploitation agricole était considérablement réduite dans les exploitations biologiques. Une étude canadienne similaire réalisée par Martin et autres (2007), qui compare les concentrations de phosphore labile dans les exploitations laitières biologiques et conventionnelles, a conclu que presque toutes les exploitations biologiques affichaient des concentrations de phosphore plus faibles. En passant, le phosphore provenant du lessivage des terres cultivées est l’un des nutriments favorisant la prolifération des algues dans les milieux aquatiques.

Citant une étude réalisée par MacRae et autres (2007), Derek Lynch déclare « qu’il a bien été établi que les coûts liés à l’atténuation de la dégradation des sols et de l’eau en aval de l'exploitation agricole dépassent largement les coûts de la conservation des sols et des pratiques de gestion des nutriments qui s'imposent à la ferme ». À la lumière des avantages de l’agriculture biologique pour l’environnement et, par conséquent, pour l’économie, les décideurs canadiens ont en main des nouvelles données à considérer lors de l’évaluation de la législation et des stimulants financiers concernant les pratiques agricoles pour un avenir en santé. Heureusement, les chercheurs canadiens comme Derek Lynch prennent les mesures nécessaires pour veiller à ce que les données probantes nord-américaines portant sur les méthodes agricoles biologiques soient compilées de façon fiable et concluante. Ces données seront ainsi accessibles aux personnes intéressées de l’industrie agricole canadienne qui convoitent la résilience et la stabilité du secteur agricole. Étant donné l’attention croissante accordée au rôle de l’agriculture dans la santé des Canadiens et du paysage canadien, cette recherche procure des options tangibles à tous les agriculteurs.


Tanya Brouwers agit à titre de conseillère auprès du Centre d’agriculture biologique du Canada. Veuillez lui faire parvenir vos commentaires ou vos questions au 902-893-7256 ou à oacc@dal.ca.

Le présent  article constitue la partie 2 d’une série fondée sur la communication scientifique de 2009 de Derek Lynch, Incidence de l’agriculture biologique sur l’environnement : une perspective canadienne. Cliquez ici pour consulter les parties 1, 3 et 4.


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Affiché en mai 2010

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