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Les agriculteurs viennent de Mars, les consommateurs viennent de Vénus : dialogue de sourds à propos du système alimentaire

par Laura Rance, Collaboration spéciale pour le Ontario Farmer, 25 juillet 2006

Les agriculteurs devront se mettre davantage à la place de la population non agricole s’ils désirent améliorer la qualité du dialogue qu’ils entretiennent avec les consommateurs. C’est du moins l’avis de la coordonnatrice d’un projet du Manitoba Rural Adaptation Council (MRAC) [Conseil d’adaptation rurale du Manitoba] destiné à améliorer la conscience agricole.

C’est peut-être une évidence pour certains, mais les agriculteurs ne saisissent pas toujours qu’ils entretiennent une vision du système alimentaire différente de celle du reste de la population, explique Shelley Cure, exploitante agricole à St-Pierre et membre du conseil du MRAC.

Tandis qu’ils voient ce système depuis leur champ de blé, les consommateurs l’abordent inversement, depuis la miche de pain.

Mieux comprendre les intérêts qui motivent les choix alimentaires des consommateurs et leurs préoccupations sera l’une des composantes clés d’une stratégie de communication plus efficace.

« Cette prise de conscience a été décisive pour le comité », raconte Mme Cure en entrevue.

Une étude américaine a comparé les attitudes des consommateurs et des agriculteurs quant à l’acceptabilité de diverses pratiques agricoles visant à améliorer la qualité des aliments. Sur l’utilisation de pesticides pour augmenter la production agricole, seuls 12 % des consommateurs la jugeaient toujours acceptable, comparativement à 34 % des agriculteurs. Alors que 32 % des consommateurs se disaient opposés à l’usage des pesticides, seulement 4 % des agriculteurs étaient de cet avis.

Pour 57 % des consommateurs, il n’était pas acceptable d’utiliser des pesticides pour améliorer l’apparence des aliments, contre 28 % des agriculteurs.

Seulement 37 % des agriculteurs s’opposaient à l’utilisation d’hormones pour améliorer la production laitière – un consommateur sur deux s’y opposait.

Les consommateurs sont uniformément moins en faveur de l’utilisation des biotechnologies pour améliorer la nutrition et la productivité des cultures que les agriculteurs.

Le MRAC a prévu une réunion, fin octobre, de différents intervenants en vue de discuter de ces résultats et d’élaborer une stratégie. « Je crois personnellement que le message que nous diffusons devra à la fois embrasser un spectre plus large et être plus ciblé », dit Mme Cure.

Au moment où l’industrie table sur la promotion de produits vedettes, une revue récente de la documentation traitant de l’attitude des consommateurs à l’égard de l’agriculture indique qu’en dépit d’une faible connaissance du sujet, les consommateurs s’intéressent de plus en plus à la production alimentaire.

Le MRAC a fait appel à un cabinet de consultants local, Prairie Global Management, pour dresser l’inventaire des stratégies de sensibilisation déjà en usage dans la province et faire l’analyse des données, accessibles au public, dont on dispose sur la démographie et les attitudes du consommateur.

Mme Cure admet que les conclusions sur la démographie du Canada sont des plus étonnants. Il apparaît que 40 % de la population canadienne fait partie d’une minorité ethnique immigrante issue du continent européen ou d’un pays en développement.

Ces personnes de cultures diverses appréhendent différemment les agriculteurs et les questions relatives au monde agricole. Les Européens ont tendance à être beaucoup plus préoccupés par le bien-être des animaux et l’innocuité des aliments qu’ils consomment que d’autres groupes.

Par ailleurs, neuf pour cent de la population canadienne ne possédait pas les capacités nécessaires pour lire les écrits de la vie quotidienne. Une étude de 1995 démontrait en outre que 38 % de la population âgée de 55 ans et plus est analphabète, une donnée non négligeable si l’on considère que d’ici 2010, les personnes âgées de plus de 50 ans disposeront des deux tiers de tous les revenus discrétionnaires au Canada.

Mme Cure croit que l’un des enjeux va être de déterminer la meilleure manière d’entrer en communication avec le consommateur qui ne sait pas lire. « C’est une dimension dont nous devrons tenir compte », affirme-t-elle.

Même si, selon les études, les consommateurs puisent la plupart de leurs informations sur l’agriculture et l’alimentation dans les médias classiques, les directeurs de l’information ne voient pas toujours l’importance d’employer des journalistes ayant une connaissance approfondie de ces sujets.

Shelley Cure croit que la sensibilisation et la formation des enseignants et des journalistes peuvent être une manière efficace d’accroître la conscience agricole du grand public, « une sorte de cours d’Agriculture 101 !», précise-t-elle.

Elle remarque également qu’à cause de la structure actuelle du système d’éducation, un diplômé en sciences agricoles ne peut pas, à l’instar de ses collègues de biologie ou de chimie, appliquer ses crédits universitaires à un diplôme d’enseignement. Ce qui rend plus ardu le recrutement d’enseignants passionnés et bien renseignés.

L’étude a démontré que les consommateurs considéraient les agriculteurs comme des informateurs fiables, mais aussi qu’ils étaient disposés à concrétiser leurs convictions en matière de pratiques agricoles.

« Lorsqu’on leur a demandé s’ils seraient disposés à adopter une entreprise alimentaire dont les fournisseurs font usage de pratiques agricoles visant la sauvegarde du patrimoine naturel, 42 % des consommateurs ont répondu « très probablement » et 44 %, « sans doute ».

« Plus de la moitié des consommateurs ont dit qu’il était important à leurs yeux que la production des aliments permette la sauvegarde du patrimoine naturel et de la productivité future, alors que moins de la moitié croyaient que leurs aliments étaient effectivement cultivés de cette façon. La question de la qualité de l’eau a été citée comme un enjeu clé par les consommateurs comme par les agriculteurs. »

Un autre fait important que les agriculteurs négligent souvent : les consommateurs sont somme toute très peu intéressés à l’agriculture en soi. Ce sont les questions connexes à l’agriculture, comme l’innocuité alimentaire, la qualité des aliments, la santé ou l’environnement, qui les intéressent.

« On peut se servir de ces questions afin de conscientiser les consommateurs à la dimension agricole », révèle l’analyse.

L’étude a démontré que les aliments produits en sol canadien sont largement considérés comme supérieurs aux aliments produits ailleurs. Cependant, seul un consommateur sur dix déclarait préférer acheter des produits canadiens.

Les intérêts des consommateurs sont motivés par une panoplie de considérations, notamment l’innocuité alimentaire, la qualité des aliments, le bien-être des animaux, la responsabilité envers l’environnement, mais aussi la conviction que « l’on est ce que l’on mange », et que l’alimentation a un large impact sur notre bien-être personnel.


Le CABC remercie le Ontario Farmer pour l’autorisation de publier cet article sur son site Web.


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ublication: Juillet 2007

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